La pornographie…#1

J’ai décidée de reprendre la plume pour m’intéresser à un sujet incontournable de ma sphère…Alors je vous vois venir  » oh mon dieu, t’es une femme et tu parles de porno mais t’as pas honte ? »  » tu te dis féministe et tu aimes le X ? »

Je suis une grosse consommatrice de porno, et cela depuis mon adolescence : des que j’ai eu mon propre ordinateur, j’en ai profité pour commencer mon périple merveilleux (ironie) dans les contrées étranges de la pornographie.

Depuis quelques temps, j’ai commencée une réflexion sur la pornographie qui est partie de la question : comment peut on apprécier le porno quand on se considère comme féministe ?

Pour commencer j’ai essayée de faire le tour des problèmes que soulèvent pour moi l’industrie de la pornographie.

Tout d’abord, bien trop souvent dans les productions porno classiques, la femme est dégradée,insultée,humiliée, et le problème, c’est qu’en tant que simple spectateur.trice on ne peut pas vraiment savoir si elle est vraiment consentante, au sens où elle semble ne pas l’être, ce qui rend encore plus trouble cette notion déja bien mis à mal partout ailleurs dans la société.

On aurait tendance à penser que lorsqu’elle travaille pour de grosses productions, elles savent ce qu’elles font et ont le choix.

Mais beaucoup de sociétés de production joue avec cette limite tacite entre fiction et réalité, et se permettent de mettre en scène, des choses punies par la loi si elles se passaient hors caméra; des viols atroces, des scènes non consenties, des filles en pleurs, qui me mettent particulièrement mal à l’aise, ou des scènes censés représenter des membres d’une même famille avoir un rapport sexuel, ou des rapports avec des personnes mineures …

Certaines actrices vont tout de même en parler ouvertement et dire que cela ne les gêne pas, ne les humilie pas, et qu’elles le vivent très bien…Malheureusement, on a encore aujourd’hui aucune idée de la proportion des femmes qui ne sont pas gênées qu’elles soient humiliées à l’écran et celles qui le sont. Un chiffre au hasard : 40% de la production de porno disponible sur Internet montre des actes violents envers les femmes de quelque façon que ce soit.

Ce qui est encore plus grave ce sont les petites boites de porno « amateur » qui paient relativement bien ( 800 dollars en moyenne pour une scène amateur),et promettent de gagner beaucoup d’argent en très peu de temps. Mais c’est aussi le caractère éphémère de la chose qui m’énerve : beaucoup de filles tentent leur chance, tournent une ou deux scènes et soit rentrent chez elles parce que ça ne leur plaît pas, soit parce qu’elles n’arrivent pas à percer

Et puis globalement, l’image de la sexualité transmis dans le porno mainstream, est pas très reluisante , des femmes toutes plus ou moins pareilles : de gros seins refaits ou non, pas un seul kilo en trop, une bouche refaite, et un sexe épilé, comme ceux des petites filles… Et puis globalement ça tourne autour du plaisir de l’homme jamais de la femme, et ca apprend aux femmes à être de bonnes suceuses dociles qui savent simuler comme elles respirent. Et même dans le porno amateur ce sont les mêmes choses, meme s’ils essaient de miser sur la fille « next door » qui rendrait les scènes moins factices et plus proches du réel, ca reste une industrie, qui doit faire du chiffre.

Et il faut bien avouer qu’on manque cruellement de diversité dans le porno mainstream: où sont les personnes racisées, les personnes poilu.es, les personnes en surpoids, en situation de handicap, avec des tatouages et des piercings, et avec des sexualités autres, que le modèle binaire dans lequel nos imaginaires étouffent et se restreignent ?

Pour moi, ce n’est pas transmettre une vision de la sexualité saine, puisque avilissante et dégradante pour les femmes, et même dans le porno lesbien où on pourrait s’attendre à quelque chose de plus respectueux, souvent ils ne peuvent pas s’empêcher d’y mettre un homme, qui, lui saura leur apporter le plaisir dont elles ont besoin, qu’elles sont bien incapables de se donner entre elles, évidemment. De plus, sur un point de vue santé, beaucoup trop de studios pratiquent le bare back, pratique qui consiste à avoir des rapports sexuels non protégés, ce qui est une pratique à risque, surtout quand on sait que le préservatif est la seule barrière efficace contre le VIH et toutes les autres IST

 

Dans la plupart des films pornos, les personnes trans sont transformé.es en bêtes de foire : des personnes avec une poitrine et un pénis, on les exotise au maximum et on les transforme en « shemale », une espace de créature chimérique, qui excite tous les mecs, et qui ont une paire de seins, donc ca leur permet d’assumer leur coté homosexuel…  Ou tranny, qui signifie travelo, et qui désignent indifféremment les personnes trans, drag queen ou travesties, alors que la communauté trans essaie depuis de nombreuses années de dissocier les personnes trans et les personnes travesties, car l’un est une identité de genre, l’autre reste souvent un passe temps, un jeu, un plaisir.Et ça entretient le mythe qu’une personne trans est FORCEMENT un.e travailleur.se du sexe…Alors oui ça existe, mais beaucoup ne le sont pas, et n’ont aucune envie de l’être.

Un dernier problème, que j’ai évoqué dans l’introduction, c’est cet espèce de double standard malsain à propos des gens qui regardent du porno : la plupart du temps, que les hommes en regardant, c’est « pas grave », c’est implicitement toléré sous couvert de leurs soi disant pulsions, alors que lorsqu’une fille va oser le dire ouvertement, soit on va la prendre pour une fille facile, et toute une flopée d’insultes putophobes lui sera balancé. J’aimerais dire à tout le monde que si une fille regarde du porno, ça n’est ni sale, ni ne fait d’elle une chaudasse ou que sais je encore… Chacun.e est libre de faire ce qu’il.elle veut de son corps, et de vivre ses désirs et sa sexualité comme il.elle l’entend, sous réserve d’éviter de regarder le porno « problématique »

 

Mais heureusement tout n’est pas si noir, et un pan de ce monde souhaite voir changer l’image de la pornographie. Ce mouvement est porté par quelques réalisatrices que je vais vous présenter ici

Tout d’abord, Maria Betty,  qui est une réalisatrice d’origine vénézuélienne, connue comme LA plus grand réalisatrice de porno lesbien, connue notamment pour avoir filmé pour la première fois il y a une dizaine d’années une séance BDSM… Sa production se veut plus  respectueuse de tous les désirs, des corps,… Et elle part vraiment d’une démarche où dès son plus jeune age, elle était « amoureuse des femmes et de leurs corps »

 

 

Ovidie est réalisatrice de films X, ainsi qu’une productrice et qu’une journaliste, et avant de passer derrière la caméra, elle a été un temps actrice.entre 1999 et 2003. Lorsqu’elle est actrice, elle se démarque du lot en refusant certaines pratiques sexuelles comme la sodomie et en obligeant ses partenaires sexuels à porter un préservatif lors de chaque rapport. Elle commence sa carrière de réalisatrice pour les studios Marc Dorcel, qui lui permettra de sortir Lilith, premier pas vers un porno moins sexiste et à destination des femmes

 

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En 2009, elle réalise le film Histoires de sexe(s), puis en 2010, elle persiste dans la création d’un genre qui se veut double, entre la comédie de mœurs et le film porno, en réalisant Infidélité, un film abordant la crise de la quarantaine et le déclin du désir. Puis en 2012 avec Liberté sexuelle, un film qui s’interroge sur la télé-réalité et le sexe communautaire, puis vient Pulsion en 2013, et Le baiser en 2014, qui parle de bisexualité, et met en scène Madison Young, actrice X féministe.

Outre le porno pur, elle tourne aussi beaucoup de documentaires, que ce soit pour French Lover TV, un documentaire sur la sexualité des personnes en surpoids, l’impact qu’a le sexe sur l’environnement, Rhabillage qui parle des discriminations vécues par les anciennes stars du X, ou encore un court métrage sur l’impact qu’ont les réseaux sociaux sur la sexualité des filles de la génération Y, et de leur rapport à leur corps, et enfin dernièrement Pornocratie ou elle décrit comment Internet a réduit les bénéfices du X, l’a ubérisé, et a dégradé les conditions de travail des acteur.trices, ou La ou les putes n’existent pas, un documentaire sur la Suède et sa politique abolitionniste, à travers le prisme de la vie et de la mort de Jasmine Petite, une militante féministe assassinée de 30 coups de couteau.

Elle est l’autrice d’un certain nombre de livres comme Porno Manifesto, La sexualité féminine de A à Z ou Libres! Manifeste pour se libérer des diktats sexuels, et a collaboré avec des journaux prestigieux tels que The Guardian, Libération, ainsi qu’avec Oui Fm, et Le Mouv’… Elle est aujourd’hui perçue comme une intello du X, car elle écrit beaucoup dessus… D’ailleurs, elle se définit comme une féministe pro sexe, et est contre l’idée de censure, même si elle pense qu’il faut faire un travail pour que le X ne soit plus accessible aux mineur.e.s et dénonce le sexisme inhérent à cet univers.

 

 

Erika Lust est une écrivaine, productrice et réalisatrice de contenus pornos suédoise. Elle est aujourd’hui considérée comme une des pionnières du porno féministe, puisqu’en 2000, elle déménage à Barcelone et lance sa propre société de productions de films X Lust productions.

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Elle sort The Good girl en 2004, sorti sous licence Creative Commons, puis Five hot stories for her, qui a été récompensé de nombreuses fois, en 2009 elle sort Handcuffs et en 2010, Love me like you hate me, tous deux sur le thème du BDSM et du fétichisme.

Mais son projet le plus intéressant pour moi reste xConfessions, série de courts métrages qu’elle tourne après que ses fans aient postés anonymement leurs fantasmes sur son site, elle en choisit deux par mois, et tourne des courts métrages basés sur ces fantasmes., ce qui est pour moi, une bien jolie façon de se réapproprier le porno.

 

Anna Span est une réalisatrice anglaise, qui base essentiellement son travail sur le plaisir féminin : elle montre des femmes qui apprécient le sexe avec des femmes, ou des hommes, voir les deux en meme temps, et elle essaie de montrer autre chose des hommes que leur appareil génital, en partant du principe qu’il est injuste qu’on montte peu le visage des hommes dans le porno mainstream.

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Elle participe à de nombreuses conférences de part le monde, par rapport au féminisme et à son travail dans le X, et est aujourd’hui une personnalité politique locale.

Evidemment, je n’ai pas parlée de toutes les réalisatrices, je ferais sans doute un deuxième volet pour ça.

Sitographie

https://www.lexpress.fr/styles/sexo/porno-trois-sites-de-films-x-pour-femmes_1643169.html

https://www.lesinrocks.com/2014/09/25/cinema/lallumee-suedoise-11516796/

http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2017/08/20/la-pornographie-et-les-femmes-pourquoi-tant-de-violence_5174313_4497916.html

https://www.letagparfait.com/fr/2016/10/12/le-guide-du-porno-feministe/

http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/20/faire-du-porno-ethique-et-feministe-le-pari-du-site-notasexper_a_21903104/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ovidie

 

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3 réflexions sur “La pornographie…#1

  1. La Nébuleuse

    J’ai envie depuis longtemps d’écrire un article sur le féminisme sexe-positif et les débats qu’il soulève (avec une partie critique), et cela inclurait forcément une partie sur la pornographie… Mais étant donné que cela mérite un article à part entière, je pense que lorsque je me déciderai à le publier, je citerai des articles comme le tien !

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  2. Ping : La pornographie #2 – A flower on a mohawk

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