La pornographie…#1

J’ai décidée de reprendre la plume pour m’intéresser à un sujet incontournable de ma sphère…
Alors je vous vois venir « oh mon dieu, t’es une femme et tu parles de porno mais t’as pas honte ?» « tu te dis féministe et tu aimes le X ?»

Je consomme du porno depuis mon adolescence: dès que j’ai eu mon propre ordinateur, j’en ai profité pour commencer mon périple merveilleux (ironie) dans les contrées étranges de la pornographie mainstream et cishétéro.

Petite pause pour du lexique : cis, c’est le raccourci pour cisgenre, qui désigne une personne dont le genre ressenti d’une personne correspond au sexe assigné à sa naissance.

Depuis quelques temps, j’ai commencée une réflexion sur la pornographie qui est partie de la question : comment peut on apprécier le porno quand on se considère comme féministe ?

Pour commencer j’ai essayée de faire le tour des problèmes que soulèvent pour moi l’industrie de la pornographie.

Tout d’abord, bien trop souvent dans les productions porno mainstream, toute personne qui n’est pas un homme cis blanc et hétéro est dégradée, exotisée, fétichisée, insultée, humiliée, et le problème, c’est qu’en tant que simple spectateur.trice on ne peut pas vraiment savoir si la personne est vraiment consentante, au sens où elle semble ne pas l’être, ce qui rend encore plus trouble cette notion déjà bien mis à mal partout ailleurs dans la société.

On aurait tendance à penser que lorsqu’elles travaillent pour de grosses productions, elles savent ce qu’elles font et ont le choix.

Mais beaucoup de sociétés de production jouent avec cette limite tacite entre fiction et réalité, et se permettent de mettre en scène, des choses punies par la loi si elles se passaient hors caméra; des scènes de viols atroces, des actes non consentis, des filles en pleurs, qui me mettent particulièrement mal à l’aise, ou des scènes censées représenter des membres d’une même famille avoir un rapport sexuel, ou des rapports avec des personnes mineures … Quand ils ne mettent pas en scene des stéréotypes racistes ou transphobes entre autres…

Certain.e.s acteur.trices vont tout de même en parler ouvertement et dire que cela ne les gêne pas, ne les humilie pas, et qu’elles le vivent très bien…
Malheureusement, on a encore aujourd’hui aucune idée de la proportion des femmes qui ne sont pas gênées qu’elles soient humiliées à l’écran et celles qui le sont.
Je me rappelerais toujours du reportage qu’avait fait Brut sur des femmes ayant travaillées avec Jacquie et Michel, qui est pour moi l égérie même de tout ce qui ne va pas dans le porno mainstream. Des femmes qui disent qu’on les forcait à des pratiques qu’elles avaient pourtant refusées, qui dénonce les conditions de tournage atroces, ou encore le fait qu’il est quasiment impossible pour elles de faire supprimer leurs vidéos
Un chiffre au hasard : 40% de la production de porno disponible sur Internet montre des actes violents envers les femmes de quelque façon que ce soit.

Et puis globalement, l’image de la sexualité transmis dans le porno mainstream, est pas très reluisante, des femmes toutes plus ou moins pareilles : de gros seins refaits ou non, des vulves toutes identiques, des ongles de dix centimetres ( comme si c’était pratique pour se doigter), pas un seul kilo en trop, une bouche refaite, pas de poils nulle part, que ce soit sur les aisselles, les jambes, le ventre ou le sexe, qui est sans poils, comme ceux des petites filles…
Et puis globalement ça tourne autour du plaisir de l’homme, jamais de la femme, et ça apprend aux femmes à être de bonnes suceuses dociles qui savent simuler comme elles respirent. Et que si la femme n’a pas d’orgasme, c’est pas grave, tant que l’homme jouit des litres de sperme sur les seins, le cul ou dans la bouche de la femme ( on passera aussi sur le fait que le porno définit une forme de virilité qui n’existe pas dans la réalité, et ce n’est pas la quantité de sperme qui en fait la qualité, et l’amalgame jouissance-orgasme est nocive)

Et même dans le porno amateur ce sont les mêmes pratiques, invariablement, même s’ils essaient de miser sur la fille « next door » qui rendrait les scènes moins factices et plus proches du réel, ca reste une industrie, qui doit faire du chiffre.

De plus, il faut bien avouer qu’on manque cruellement de diversité dans le porno mainstream: où sont les personnes racisées, les personnes poilu.es, les personnes grosses, en situation de handicap, et avec des sexualités autres, que le modèle binaire dans lequel nos imaginaires étouffent et se restreignent ?

Pour moi, ce n’est pas transmettre une vision de la sexualité saine, puisque avilissante et dégradante pour les femmes.
Même dans le porno lesbien, où on pourrait s’attendre à quelque chose de plus respectueux, souvent ils ne peuvent pas s’empêcher d’y mettre un homme, qui, lui saura leur apporter le plaisir dont elles ont besoin, qu’elles sont bien incapables de se donner entre elles, évidemment.
Et si ce n’est pas un homme, elles auront une palette de godes à faire rougir les sexshops, parce que tu comprends, la sexualité (lesbienne) c’est que du touche pipi si y’a pas de pénétration.

De plus, sur un point de vue santé, beaucoup trop de studios pratiquent le bare back, pratique qui consiste à avoir des rapports sexuels non protégés, ce qui est une pratique à risque, surtout quand on sait que le préservatif interne ou externe est la seule barrière efficace contre le VIH et toutes les autres IST. Je ne parle même pas du fait que l’utilisation de digues dentaires ou de gants en latex pour les fistfuckings par exemple, ou même l’utilisation de capotes sur les sextoys est completement absente de ces productions.

Dans la plupart des films pornos, les personnes trans sont transformé.es en bêtes de foire : des personnes avec une poitrine et un pénis, on les exotise au maximum et on les transforme en « shemale », une espece de créature chimérique, qui excite tous les hommes, mais qui ont une paire de seins donc « c’est pas gay ». ( vous m’excuserez de pas comprendre ce qui a de mal à ce qu’une chose soit gay ou non m’enfin)

On voit peu (ou pas) d’hommes trans dans les productions mainstream, parce qu’autant « une femme avec une bite c’est excitant, autant un homme avec une chatte, c’est pas viril »…
Il y a, à mon sens un énorme problème de représentation, du au fait que ce porno est fait majoritairement par des hommes cis pour des hommes cis…
Si les personnes trans, et les femmes rencontrent des discriminations( qu’elles soient trans ou cis), les personnes racisées en rencontrent également : on les cantonne à des roles dégradants, on les nomme par des surnoms racistes tels que « beurette », « panthere noire », ou que sais je encore…

Un dernier problème, que j’ai évoqué dans l’introduction, c’est cet espèce de double standard malsain à propos des gens qui regardent du porno : la plupart du temps, que les hommes en regardant, c’est « pas grave », c’est implicitement toléré sous couvert de leurs soi disant pulsions, alors que lorsqu’une fille va oser le dire ouvertement, soit on va la prendre pour une fille facile, et toute une flopée d’insultes putophobes lui sera balancé.

J’aimerais dire à tout le monde que si une personne regarde du porno, ça n’est ni sale, ni ne fait d’elle une chaudasse ou que sais je encore…
Chacun.e est libre de faire ce qu’il.elle veut de son corps, et de vivre ses désirs et sa sexualité comme il.elle l’entend, sous réserve d’éviter de regarder le porno « problématique »

Mais heureusement tout n’est pas si noir, et un pan de ce monde souhaite voir changer l’image de la pornographie. Vous découvrirez leurs parcours et leurs histoires dans les épisodes suivants !

Sitographie

http://www.lemonde.fr/m-perso/article/2017/08/20/la-pornographie-et-les-femmes-pourquoi-tant-de-violence_5174313_4497916.html

http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/20/faire-du-porno-ethique-et-feministe-le-pari-du-site-notasexper_a_21903104/

Vous pouvez retrouver cet article sous le format d’un podcast :

6 réflexions sur “La pornographie…#1

  1. J’ai envie depuis longtemps d’écrire un article sur le féminisme sexe-positif et les débats qu’il soulève (avec une partie critique), et cela inclurait forcément une partie sur la pornographie… Mais étant donné que cela mérite un article à part entière, je pense que lorsque je me déciderai à le publier, je citerai des articles comme le tien !

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