Ana Cejkova

En octobre, j’ai posé pour Absy Mind dans un appartement qu’il avait loué en Airbnb, et lors du shooting il m’a parlé de la modèle avec laquelle il avait collaboré le matin même, et étant très curieuse de nature, je suis allée voir le soir même ce qu’elle faisait. J’ai été bluffé par la qualité, et la beauté de son travail, du coup sur un coup de tête, j’ai pris mon courage à deux mains, et l’ai contacté via son book… Elle a gentillement accepté de répondre à mes questions

Peux tu te présenter ? 

Je m’appelle Ana Cejkova (avec ou sans les accents tchèque chiants), j’ai 23 ans et vis à Grenoble.
Depuis quand es tu modèle ?
Depuis avril 2014.
Qu’est ce qui t’as poussé à commencer ?
À la base je suis juste une passionnée de lingerie. Je pensais me lancer en tant que créatrice, et un jour ma mère m’a soumis l’idée d’être mannequin.. C’est comme ça que j’ai commencé. Mais j’ai rapidement abandonné le mannequinat. Cela ne m’apportait pas la dimension artistique et créative du modèle d' »art ». En tant que mannequin on se fout un peu de ce que tu penses.
Quel a été ta première expérience et comment s’est elle déroulée ?
Mon premier shooting s’est déroulé avec un ami dans une maison abandonnée. Il débutait sa passion pour la photographie et avait besoin d’un « modèle » pour s’entraîner.
Vis tu de cette pratique artistique ?
Non, j’effectue des « petits boulots » à côté, ainsi que mes études.
Es tu modèle professionnelle ? Si non aimerais tu l’être, et pourquoi ?
Vivre de la photographie en tant que modèle est compliqué, à moins d’être signé(e)s en agence.  Le statut de « modèle photo » (y compris le tristement célèbre « modèle semi-pro ») n’existe pas en France, c’est pourquoi il est très compliqué de se faire rémunérer. On est obligé(e)s de passer par des statuts professionnels qui ne sont pas forcément fait pour (type auto-entrepreneur). J’aimerais l’être sans être obligée de passer par la case « agence » et me lancer en tant que free-lance, et je travaille à la création de ce statut en ce moment. Cela me permettra de rassembler toutes mes activités « artistiques » et de commencer à en vivre.
Quels sont tes inspirations ?
La musique, les oxymores, les émotions fortes/violentes.
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Photo prise par Emily June
Comment se monte une séance ? ( qui propose le thème, le lieu, exiges tu un contrat?)
Généralement ce sont les photographes qui me contactent, nous discutons du thème et du lieu ensemble. Le contrat n’est pas toujours nécessaire mais peut être rassurant pour les deux partis.
Peux tu me raconter une anecdote sur un shooting ? ( voir plusieurs, elles peuvent drôles, ou des témoignages de mauvaises expériences)
Alors, dans souvenirs les plus gravés : Me retrouver à moitié nue dans une pièce remplie d’une dizaine de modèles géniales comme Morgana Fata, Kaluuna, Cléa DeVelours, pour séance et tournage vidéo; immergée dans des liquides à la viscosité (et fluorescence) plus ou moins prononcée « pour la science »; Concours de glissade dans du lubrifiant (celui qu’on utilise pour faire briller les corps pour certains types de nus)..
Plus sérieusement, j’ai conscience que je peux être lue par d’autres ou éventuel(le)s futur(e)s modèles, alors oui être modèle te permet de vivre des moments uniques, te faire travailler ton indépendance, ta confiance en toi.
Mais une seule mauvaise rencontre peut potentiellement te briser, et ce profondément parfois, il faut toujours être prudente, même après des années. Sur les centaines de séances que j’ai fait, habillée ou nue, il m’est bien sûr arrivé plusieurs fois d’être attouchée, que ce soit sur l’épaule, les seins, les fesses ou même le sexe par des photographes peu scrupuleux, ça arrive TROP souvent. J’ai failli sortir mon couteau une fois.
Le témoignage le plus grave qu’il me soit possible de livrer n’a jamais pu aboutir à une sanction car ce photographe jouit d’un statut de « professionnel respecté » dans le monde de la mode et utilise son réseau et la possibilité de faire rencontrer de grandes agences pour exiger des relations sexuelles avec les modèles en échange. Choquée par son comportement et après un « suce moi » de trop, j’ai bien sûr « décliné gentiment » son offre et suis partie.
Avec quel photographe rêves-tu de travailler ( du monde entier) ?
Egregore Design, avec qui je devrais travailler lors d’un passage à New York, n’importe quel photographe souhaitant créer un univers occulte/géométrique/multidimensionnel.. facile quoi.
Te considères tu comme alternative ?
À dire vrai, je ne sais pas vraiment ce que représente ce mot. Je conçois l’alternatif comme ce truc sur lequel on se retourne dans la rue parce qu’on est pas habitué. Je me dirais modèle alternative, pas à cause de mes tatouages/piercings/diverses colorations plus ou moins visuelles, mais plutôt par « esprit ». Ce que je cherche c’est bien une alternative, à la beauté/perfection « sociale », quelque chose de plus intrinsèque. J’aime fondamentalement l’esthétisme, les belles choses du moment que ces choses ont pour moi une âme; ces belles choses qui ont plus souvent leur place dans un cabinet de curiosité que dans un salon moderne.
Même question pour féministe ?
Pour moi l’on est féministe dès l’instant où l’on décide d’agir sans prendre en compte le sexe (le sien ou celui des autres). Ignorer totalement les questions de genre, et de façon générale ne pas s’épancher des plombs sur un sujet pour toucher des gens qui de toute façon ne sont ni sur le chemin de l’Amour ni ne cherche à l’emprunter; c’est une forme de militantisme à mon sens. Les filles qui se baladent souvent dans la rue le savent bien : réponds à un con, il persévérera dans sa connerie.
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Comment définirais tu ton style ?
Emmaüs ! Ahah, et un peu de fait-main aussi.
Pratiques tu d’autres formes d’art ? Si oui lesquelles ?
Je dessines beaucoup depuis très jeune, pratiques aussi des performances de feu, de danse. J’évolue dans le théâtre au sein d’une compagnie Grenobloise.
Que penses tu de l’impact des réseaux sociaux sur ton travail ?
J’essaie d’en limiter l’impact justement. Je garde mes profils actifs pour la visibilité mais reste « abonnée » seulement à certaine personnes/catégorie d’artistes pour la simple raison que pour moi les réseaux sociaux sont toxiques. Un simple coup d’œil sur Insta peut me déprimer pour la journée. C’est comme une fenêtre de la misère sociale sur un beau paysage d’océan : un monde lisse et propre, où les chats sont tous trop mignons, les garçons et les filles tous « bankable » (classique comme alternatif) et arborant le super-smile-sponsorisé/la moue-boudeuse-sourcil-froncés (choisi ton camp camarade), où tous les tétons sont bien censurés.. et où tout le monde est bien malheureux de l’autre côté. Mais bon, je dis ça parce que je réponds à cette interview en écoutant du métal sataniste, surement.
As-tu des tatouages ? Ont ils une signification particulière pour toi ?
J’en ai quelques uns, mais les principaux sont à venir. Certains ont une signification, d’autres sont strictement « ornementaux », ce qui est pour moi une signification à part entière.
Quels sont tes projets pour la fin de l’année et 2019?
Monter ma compagnie de spectacle. Je pourrai ainsi joindre mes activités de modèle et performeur. J’ai aussi d’autres projets super excitants dont je ne peux pas encore trop parler.. mais si tout se passe bien ça va déchire

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Crédits photo :

photo d’article : Topsy Prakash

photo d’en tête + photo d’article : Emilie June

diaporama : Nico Toulouse

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