La pornographie #3

Après deux articles sur la pornographie (ici et ici), cette fois, je vais m’intéresser davantage à la pornographie dite queer…

Mais pour commencer, je vais essayer de définir queer, pour moi, queer désigne toute personne qui ne se définit pas comme hétéro et/ou cis, pour être le plus clair possible.

Pour moi, le terme queer se veut plus vénère que toutes les dénominations LGBT/LGBTQI+ etc,  et on a moins l’impression de jouer au Scrabble…

Dans le dernier article, je m’intéressais au porno dit féministe, cette fois ci je parlerais du porno queer, mais évidemment ils sont très liés, et ont tous les deux la même envie : permettre de diffuser des corps, des sexualités, et des pratiques sexuelles différentes que celles véhiculées par le porno mainstream : trois heures de fellation, deux secondes de cunni, 200 positions plus inconfortables les unes que les autres, sodomie, branlette espagnole et jouissance sur les seins, le cul ou le visage…
Alors que l’orgasme de la femme est réduit au silence et à la non existence, et que le partenaire masculin ne fait aucun bruit sauf des râles d’orignal au moment de la jouissance…
Pour moi, ce genre de porno pourrait se passer des corps, et on pourrait filmer une fuck machine dans une poupée gonflable voir un vagin artificiel que ce serait pareil.

Comme pour les précédents opus, je ne saurais dresser qu’un aperçu partiel de tout ce que peut être la pornographie queer, mais j’espère grâce à cet article vous faire découvrir des performeur.se.s, et des maisons de prod’, qui pour moi méritent d’être découvert.e.s…

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Pour commencer, je vais m’intéresser à Indie Porn Revolution, qui est un site pornographique disponible sur le net.

C’est le  site porno crées par des femmes et des personnes queer qui survit depuis le plus longtemps.

Il a été crée en 2002 par Courtney Trouble, et au départ c’était un petit projet personnel, mais qui est devenu une légende grâce au bouche à oreille, aux médias, et au fait que l’industrie mainstream s’y est intéressée.

Jusqu’à aujourd’hui, c’est le seul site qui mêle  porno gay, lesbien, hétéro, trans, BBW, BDSM play sur un seul et unique site.

Je vous ai traduit leurs valeurs afin que vous vous rendiez me compte de ce qu’illes défendent.

Excitation : notre premiere priorité c’est de nous exciter nous memes, et vous les spectateur.trices. C’est le but du porno, et nous ne sacrifierons pas l’excitante malgré nos comportements, nos styles de vie alternatifs, et nos opinions politiques

Un casting inclusif : nous cherchons dans différents environnements afin de créer une communautés d’identités variées. Nous ne prenons pas en compte le genre, la taille, l’origine ethnique, ou toute autre « considération’ quand nous choisissons nos modèles.Nous n’avons pas de quotas, ni d’idées préconçues sur ce que devrait être ou ne pas être une star du porno. On ne sépare pas les filles des garçons sur le site, car nombre d’entre eux ne se trouvent pas dans cette binarité.

Beaux Arts : l’excitation sexuelle est d’autant plus importante lorsque le porno est artistiques, et nous essaierons toujours de produire le porno avec la meilleure qualité possible, tout en maintenant notre esthétique DIY

Accesibilité : Nous essayons de maintenir nos abonnements et nos produits aussi abordables que possible, pour s’assurer que l’argent ne soit pas un frein pour prendre part à notre site.
Nous croyons au système de troc dans tous les aspects de notre travail

Du sexe plus safe et l’importance du consentement : nous utilisons des préservatifs, des gants en latex, et d’autres outils de protection dans la plupart de nos productions, afin d’érotiser et de normaliser l’usage de ses outils dans nos vraies vies sexuelles. Nous croyons que tous.tes les performeur.ses dans l’industrie du X a le droit  d’utiliser des moyens de protection. De plus, pour nous, le consentement mutuel entre les modèles, mais aussi avec les producteur.trice.s et les réalisateur.trice.s. En fait, la plupart des tournages sont dirigés par les performeur.ses.

Briser les stéréotypes : beaucoup de nos themes visuels et légendes de nos photos, représente une prise de distance face à la norme, en permettant aux individus de redéfinir leur role dans l’industrie et dans la vie.

Une perspective female friendly : ce site est dirigé par une femme, et la majorité de nos photographes invité.e.s sont des femmes. Nous pensons que les féministes peuvent filmer du porno, jouer dans du porno, et apprécier le porno en tant qu’artistes, travailleur.ses, participant.e.s et consommateur.trice.

De façon plus globale, nous soutenons nos collègues travailleur.se.s du sexe

Trans friendly : Nous pensons que pour beaucoup de monde, les organes génitaux n’ont rien à voir avec le genre, ou l’expression de genre. Nous avons beaucoup de performeur.se.s trans et genderqueer, et nous vous demandons de les respecter en vous réferrant à elleux par leurs pronoms (il, elle,ze, iel, ael,aol,…), qui seront spécifiés dans leur bio.
S’il y a des plaintes d’abus, ou d’irrespect transmises par les performeur.ses pour n’importe quel motif, vous ne pourrez plus communiquer avec elleux par messages, et si besoin vous serez banni.e du site.

Respect : nous faisons notre possible pour soutenir les activistes qui se battent pour la reconnaissance de l’appropriation culturelle.
C’est pour cela que vous ne trouverez pas de dreadlocks, de coupes mohawks, ou toute autre signe distinctif d’une culture victime de discrimination (toute personne racisée), porté par quelqu’un.e d’autre que les personnes concernées.
Nous ne sommes pas encore parfait.e.s sur ce point, mais nous essayons de le faire au mieux.

 

 


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Four Chambers est un projet crée par deux personnes, basé dans le nord du Royaume Uni.

Venant de la photographie analogique, des conneries d’écoles d’art, et du sexe numérique, Four Chambers est un projet, une idée, et une collaboration sans cesse renouvelée avec l’intention d’explorer l’esthétique et le potentiel conceptuel de la pornographie comme médium pour les idées.

Dirigée par Vex Ashley une performeuse, auto-didacte en édition vidéo et vidéographie, avec une emphase sur les pratiques DIY collaboratives.

Le projet reste délibérément ambigu, rejetant les labels pour leurs films et leurs performeur.ses, pour elleux, illes sont à la limite entre art et pornographie.

La musique des films vient de sites comme Bandcamp ou Soundcloud, et illes paient pour pouvoir l’incorporer aux films : le prix dépend d’un.e artiste à l’autre, mais ça tourne autour de 500 dollars la chanson (dans le but de ne pas payer plus cher la musique que les performeur.se.s)

Le paiement des performeur.se.s tourne autour de 1100 dollars le film, et le salaire est indépendant du genre, des caractéristiques physiques, de la renommée, des pratiques ou de l’expérience.

En lieu et place des royalties, ils utilisent un schéma d’affiliation pour les performeur.se.s : ça signifie que s’illes font de la pub pour les films, et que des gens s’inscrivent sur le site grace à leur promo, illes partagent 40% du profit avec les performeur.ses
Pour elleux, il est très important que les performeur.ses leur fournissent une liste de ce qu’illes veulent ou ne pas faire devant la caméras, et ce qu’illes aiment et n’aiment, ainsi que leur limites physiques.
Illes peuvent manger avec le shoot, et pendant s’illes en ressentent l’envie, et illes s’assurent également que le shooting ne dure jamais plus d’une demi journée.
Tous.tes les performeur.ses doivent venir avec un test IST/MST  fait dans les deux semaines avant le shooting
L’orgasme, qu’il soit vrai ou faux n’est pas du tout obligatoire, et illes se concentrent sur le caractère réaliste, et non écrit de la performance

Les performeur.ses peuvent émettre des critiques sur leur film avant qu’il ne sorte : droit de veto sur des images qu’illes ne souhaitent pas voir diffuser.


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Chelsea Poe est une femme transgenre hollando-américaine, actrice, réalisatrice et productrice de films porno.
Elle a sortie son premier film Fucking Mystic en 2014, et est devenue la premiere God’s girl (une catégorie de Suicide Girls) la mêVme année.
 

Si elle a fait ce film c’est parce qu’elle essaie de montrer du bon sexe trans, au delà des poncifs dont use le porno mainstream ».
Elle aspire à l’inclusion dans le porno classique, tout en étant pas enfermée dans une niche.
Elle définit son premier film comme  » un divertissement érotique, mais il y a clairement une visée politique derrière, aussi, ouvrir les yeux d’un public éloigné du queer porn, donner à voir la sexualité et influencer le porno de base »

Donc si comme moi, vous en avez assez des sites pornos classiques genre  Xnxx, Xhamster, Pornhub, et consorts, qui fétichisent et exotisent à foison les personnes trans*, n’hésitez pas à regarder ses films et ses scènes, car c’est du contenu créée par une femme trans, qui respecte les corps trans, sans aucune fétichisation ou exotisation.

 


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Queeporn.tv est un site qui appartient à Courtney Trouble, et qui met en ligne du contenu exclusif crée par Trouble, et d’autres réalisateur.trices – tous.tes queer, et tous.tes des TDS expérimenté.e.s.

C’est un espace inclusif et un espace où il est possible de participer, même gratuitement à sa communauté avec son ancien projet QueerPornTube, et son projet QPTV FREE, qui donne accès à des  films entiers et à des courts métrages révolutionnaires gratuitement, ainsi que leur chaîne YouTube, qui met en ligne des documentaires, des interviews, des personnes qui ont tournées pour le site, sans publicités.

QPTV est contrôlé par des artistes, et complètement financé par la subscription de ses membres.

Les contenus proposés sont variés : de longs stripteases, à du sexe marathon, en passant par du BDSM play et parfois tout ça dans une même scène.

J’ai également traduit leur manifeste  par Tina Horn et Courtney Trouble

-QPTV met un point d’honneur à diffuser la sex positivity, et un accès public à la sexualité undergound

-QPTV c’est du porno queer fait par et pour les personnes queer ( et les fans de porno qui nous aime)

-QPTV facilite la sexualité spontanée et crade  avec une totale  immoralité qui proclame fièrement que nous n’avons pas à avoir honte de nos identités et de nos désirs

-QPTV est une force culturelle, en plus de documenter des expressions de libertés en lien avec le sexe queer

-QPTV ne dit pas ce qu’est ou n’est pas le sexe, ce qui est excitant ou non, et ce qui est queer ou non

-Nous essayons de montrer le sexe que les personnes veulent faire, opposé à celui qu’on pense que les audiences veulent voir. Ce projet a pour but d’être une documentation d’exhibitionnistes queer prenant leur pied.

-QPTV amène le porno hors de l’écran et dans la communauté, en accueillant des clubs de danse, des projections de films, des photomatons, et des « play parties » dans le monde entier.

-Tout ceci dans le but de rassembler les personnes queer pour célébrer la sexualité et de parler du porno

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Courtney Trouble
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Tina Horn

 

AltPorn4U est un site espagnol crée en 2007 par Irina Vega  qui se veut une communauté de diffusion de contenus pornographiques alternatifs et indépendants.

 

Leur ambition est de donner un vent de fraîcheur au porno et au sexe explicite, illes veulent changer les stéréotypes et prendre leur distances du porno conventionnel.

Sa démarcha a été de vouloir créer le porno qu’elle aurait aimé regarder.

Les vidéos présentes sur le site montre des personnes racisées, des personnes avec différentes morphologies, des personnes tatouées, percées, avec des poils, des vergetures,… Elles présentent également un éventail très varié de sexualités et de pratiques sexuelles, afin de représenter au mieux les sexualités queer, trans, féministes, lesbiennes, gaies, hétéros…
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Evidemment, il y a encore plein d’autres performeur.se.s queer à découvrir, mais j’espère vous avoir donner envie d’aller sur ses sites plutôt que sur les sites gratuits…


Article Wikipedia sur la pornographie queer

Guide du Tag Parfait sur le porno queer

Article de Daily Dot- Queer Porn : The best porn for and by queer people

Article de Barbieturix – Les sites queer anglophones excitent la toile

La Fabrique Crépue – Oui a la porno queer par Andree Anne Isabelle

Un entretien de Vice avec Sam Boursier, autour de la théorie queer

Un article du Monde, écrit par Frederic Joignot – Porno 6- Homos, queers, et trans renouvellent le genre.

Un article de Sugar Butch sur le site Indie Porn Revolution (EN)

Interview de Chelsea Poe par Maadiar, postée sur le site Gonzai (interview bande dessinée)


 

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