La pornographie #4

Comme vous le savez, vu les trois premiers articles (#1,#2 et #3) sur le porno, j’aime BEAUCOUP le porno, mais toujours pas le porno mainstream, qui a rien à faire du consentement, paie moins les actrices, et exotisent les personnes trans, pour faire simple…
J’aime le porno où on pratique le safe sex (c’est à dire utilisation de préservatifs, mais aussi de digues dentaires ou de préservatifs pour doigts, ou de gants en latex), où on rit, on parle, on se dit ce qu’on a envie ou pas, on s’arrête, on va faire pipi, et surtout où une grande variété de corps, de sexualités, de pratiques sexuelles, et d’âges sont représentées.

J’ai eu envie d’écrire un article sur la possible amélioration du porno mainstream, mais j’ai très vite été découragée, parce qu’il n’a pas évolué tant que ça, et puis creuser dans des sites comme Marc Dorcel ou Jacquie et Michel, ca me gonfle au bout de trois minutes..
Il devient de plus en plus difficile de trouver des acteur.trices, ou des boites de prod à minima féministes, inclusifs ou au mieux queer, mais j’ai trouvée quelques perles encore…

Tout d’abord, j’aimerais vous présenter Puzzy Power, une société de production danoise à destination des femmes, filiale de Zentropa, dirigée par Lars Von Trier.
Mais elle n’a pas vécue longtemps, puisqu’elle a été crée en 1997, et a cessé toute activité en 2000.

Cette société a été crée à l’initiative de la productrice  Lene Børglum, qui a réunit cinq femmes : Gerd Winther, une sexologue, Lili Henriksen, une éditrice, Christina Love, une modèle X et journaliste, Vibeke Windeløv, et l’assistante de production Mette Nelund. Elles rédigent ensemble le Puzzy Power manifesto ou Déclaration des femmes et de la sensualité, qui posent un certain nombre de règles pour la réalisation et la production de films pornos ou érotiques pour femmes.


Ce texte est inspiré par le Dogme95, un manifeste écrit à Copenhague par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, qui est lancé en réaction aux blockbusters, et à leur utilisation outrancière d’artifices et d’effets spéciaux, qui selon eux aboutissent ) des produits formatés et impersonnels.
Avec ce manifeste, ils souhaitent revenir à une sobriété formelle plus originale, et plus expressive afin d’être plus à même d’exprimer les enjeux artistiques de leur époque

Les règles imposées par le Puzzy Power Manifesto sont les suivantes :
-le scénario doit être crédible
-le film doit respecter les désirs des femmes
-aucune violence n’est tolérée
-aucune éjaculation faciale ni fellation forcée
-les scènes doivent comporter des scènes d’humour


Deuxième point que je voulais aborder : les Dirty Diaries, qui sont une collection de court métrages pornos qui souhaitent montrer le point de vues des femmes cinéastes sur la sexualité.
Ils ont été produits en Suède, en 2009 par Mia Engberg, et le film a suscité une énorme controverse avant et après sa sortie, parce qu’il a été financé par des fonds publics, et de par son contenu alternatif.
L’idée du film est née après que Mia Engberg, et quelques unes de ses amies ont réalisées Come Together, pour le festival international du film de Stockholm, un film où chaque participante se filme avec un téléphone portable en train de se masturber.
Ce premier projet reçut beaucoup de critiques de la part des hommes cis parce que les actrices/réalisatrices n’étaient pas attirantes, ce qui démontre pour elle que le porno veut des femmes attirantes aux yeux des hommes cis, car c’est le public majoritaire du porno mainstream…
Le contenu du film est très varié, et présente quelques pépites avec un ton queer, humoristique et critique.

Ce film a été réalisé suivant un manifeste qui est le suivant (la version originale est en anglais, je l’ai traduit plus ou moins approximativement en français)


Troisième société de production, TROUBLEfilms qui se focalise sur des films et des sites pornos de haute qualité, explicites, érotiques, sex positive et incarnées.
Ils souhaitent représenter la diversité des désirs, en se concentrant sur l’implication créative de créateur.trices féministes, queer et progressif.ves et produit actuellement une série de films de Chelsea Poe (dont j’ai déjà parlé dans le #3).
Crée par Courtney Trouble, dont j’ai aussi parlé dans le #3, TROUBLEfilms sert aussi de point de distribution pour les artistes suivants : April Flores, Chelsea Poe, Julie Simone, James Darling et Tobi Hill-Meyer


Dans cette deuxième partie, je vais vous présenter quelques acteur.trices dont j’apprécie le travail.

Tout d’abord, April Flores, connu sous le nom de Fatty Delicious ou Fatty D, qui est une actrice porno américaine, une réalisatrice, une autrice, une photographe, une MUA, et un modèle grande taille.

Elle vient d’une famille très stricte et religieuse, son père est équatorien et sa mère mexicaine. Elle a commencé à souffrir de son poids dès son enfance, et pensait à l’époque pouvoir être plus heureuse si elle était mince.
Mais elle a abandonnée cette idée à la fac, et a conclu que la vie était pareille, peu importe son poids.

Elle commence sa carrière en faisant des photos pour des magazines de femmes grandes tailles comme Bizarre ou Juggs.
En 2000, elle rencontre Carlos Batts, et commence à faire des photos avec lui, puis elle pose avec Belladona, une actrice porno, et apparaît dans le film Evil Pink 2.
Ce film a été la premiere experience filmée de Flores, ainsi que sa premiere experience sexuelle : elle a perdue sa virginité à l’écran avec Belladonna.
Elle se considère comme une « entertaineuse » érotique plutôt qu’une porn star.

Le père d’April décède en 2001, donc elle n’a jamais pu lui dire qu’elle faisait du porno, mais malgré le fait qu’elle ait eu peur de l’annoncer à sa mère, sa mère a accepté sa carrière, et l’aide beaucoup.

Flores n’a aucun problème avec sa description de performeuse BBW (Big Beautiful Women), mais a fait le choix de ne pas jouer dans le porno BBW traditionnel, puisqu’elle pense qu’il est désobligeant envers les performeur.se.s.

Elle préfère travailler avec des performeur.se.s, et des réalisateur.trice.s qui représenteront les femmes grosses sous un jour désirable et positif.

En 2009, Topco, la société de sex-toys sort Voluptuous Pussy , une poupée gonflable à taille réelle, nommée d’après son vagin, mais modelée comme une réplique de son corps : c’est donc la premiere poupée gonflable réaliste qui représente une femme grosse.

Très engagée dans la lutte contre la grossophobie, en 2015, dans une interview avec Cosmopolitan, elle dit vouloir que son travail montre que les femmes grosses méritent le plaisir et la désirabilité, et vouloir récupérer le terme « gros.se » pour en donner une connotation positive plutôt qu’une connotation négative.

Elle collabore sur un chapitre à The Feminist Porn Book : The Politics of Producing Pleasure.
Dans son chapitre, elle parle de comment elle en est venue à l’industrie du porno, et de son travail qui veut dépeindre les femmes grosses comme sexuelles et désirables

Elle crée son propre site au printemps 2015, Fat Girl Fantasies, qui honore sa relation avec son mari, mais représente surtout les femmes grosses comme des êtres sexuels, et révèle leurs fantasmes.


Petra Joy est une réalistrice féministe, ainsi qu’une productrice, une distributrice, une autrice et une photographe. Elle fait partie des pionnières du mouvement qui veut faire du porno pour les femmes avec Candida Royale, Annie Sprinkle et Maria Beatty (je ferais sans doute un volet sur les pionnières).

Elle fait du porno « art-core », se concentrant sur la sexualité du point de vue des femmes, sur le plaisir féminin. Dans ses themes de predilection, on retrouve le safe sex, les hommes vus comme des objets sexuels, les fantasmes féminins, et la bisexualité masculine.

Elle a un Master en Histoire du cinéma, et écrit une thèse en 1990 sur la representation de la sexualité féminine dans les films nazis. Apres avoir obtenue son diplome,elle déménage en Angleterre, ou elle travaille comme productrice et réalisatrice freelance,elle a réalisée plus de 70 documentaires pour des chaines comme Channel 4, National Geographic ou WDR, autour de la sexualité.

En 2003, elle lance Strawberry Seductress, un service photo intime et créatif pour les femmes, les couples, et les sociétés de productions cinématographiques. Puis en 2004, elle filme Sexual Sushi, son premier film porno alternatif pour femmes. Elle publie un livre en 2006, How to Make Your Own Adult Video: The Couple’s Guide to Making Sensual Home Movies . Puis elle film Female Fantasies and Feeling it, not faking it !

En 2009, elle crée le Petra Joy Award, une compétition internationale de films érotiques pour les premiers films de réalisatrices.

Elle mene egalement des ateliers sur « comment faire son propre porno créatif » et donne des conférences sur le sujet des femmes et du porno.

Elle a également produit une série porno appelée Her Porn, et un documentaire The Joy of Porn : My life as a Feminist Pornographer.

Au delà de ce palmarès impressionnant, j’aimerais dire quelques mots sur sa façon de travailler : elle commence les films érotiques en 2004 dans l’idée de montrer un reflet plus juste de la sexualité féminine que ne peut le faire l’industrie porno mainstream. Elle travaille exclusivement avec des performeur.se.s amateur.trices, en voulant arriver à capter la chimie réelle, elle les fait toujours travailler en safe sex, en ne montrent jamais des pratiques qui pourraient sembler dégradants pour les femmes.


Tristan Taormino est une autrice féministe américaine, activiste, éditrice, chroniqueuse et réalisatrice de films pirno.

Lorsqu’elle était enfant, ses parents ont divorcés après que son père est fait son coming out gay, puis elle a été élevée par sa mere, même si elle a gardée un lien très fort avec son père, jusqu’à sa mort en 1995.
Niveau scolaire, elle obtient une licence en études américaines en 1993.

Elle a écrit sept livres, dont le célèbre The Ultimate Guide to Anal Sex for Women.

Elle a également éditée des anthologies comme Best Lesbian Erotica, qu’elle publiait annuellement de 1996 à 2009.

Elle a été régulièrement chroniqueuse dans The Village Voice entre 1999 et 2008, ou elle écrivait une chronique qui parlait de toutes thématiques attenantes aux sexualités. Elle redéfinit le terme d' »hétéro queer » dans sa chronique du meme nom, où elle écrit :

Dans certains cas, c’est basé sur le fait qu’un.e ou tous.tes les partenaires n’ont pas une expression de genre traditionnels, ou qu’iels travaillent activement contre leur roles genrés.

Certains hétéros queer sont alignés avec les communautés queer, au travers de leur culture, de leurs engagements politiques et leurs activismes, mais aiment et fantasment sur des personnes d’un autre genre.

Je considère également que les personnes qui embrassent des modèles « alternatifs » de sexualités et de relations ( le polyamour, la non-monogamie, le BDSM) comme étant queer, puisque l’étiquette « straight » parait inapproprié.

Je ne suis pas d’accord avec elle sur ce point, car pour moi, se définir comme queer va aussi avec le fait qu’on vit des discriminations systémiques, et je ne pense pas qu’on se fasse tabasser, insulter, virer d’un travail, ou qu’on est dans l’incapacité de suivre des études ou de trouver un boulot parce qu’on est polyA ou qu’on pratique le BDSM…
A mon sens, pour faire partie de(s) la communauté(s) queer, il faut ne pas se retrouver ni dans l’étiquette hétéro, et/ou l’étiquette cis…

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