La pornographie #5

 Après quatre articles sur le porno ( #1,#2,#3 et #4), j’ai décidée de me concentrer cette fois sur les pionnières, celles qui ont décidés les premières de faire du porno différemment de l’industrie de l’époque.


Je commence par Candida Royale, qui était une actrice X, ainsi qu’une réalisatrice et une productrice américaine née en 1950 décédée en 2015.
Elle commence une carrière de danseuse avant de se lancer dans l’industrie du X en 1975, et jouera dans une vingtaine de films.

En 1980, elle crée la maison de productions Femme Productions dans l’idée de créer du contenu porno et érotique que les femmes pourraient apprécier.
Ses films peuvent être utilisées lors de thérapies sexuelles, et ont été saluées par les thérapeutes et les experts dans ce sens.

Durant toute sa carrière elle a essayé d’éviter la  » prédictibilité misogyne » dont souffrent nombre de films pornos, et ses films ne sont pas menés pour arriver à l’éjaculation masculine, mais entendent plutôt représenter la variété de pratiques et d’experiences qu’une fois peut faire et avoir dans sa vie.
Elle signe l’Art manifesto qui sort en 1989, avec Veronica Vera, une autre star du porno qui a réalisée des films X.
Il est signé également par Annie Sprinkle, une performeuse qui utilise le sexe explicite, ainsi que Frank Moore, une autre performeuse.
En sept points, il fonde un mouvement artistique, qui « célèbre le sexe comme la force nourricière, la force qui donne la vie. Nous considérons nos parties génitales comme parties prenantes de nos âmes, et pas comme des choses différenciées.
Il défend l’attitude du sex-positivism, et espère « communiquer nos idées et nos émotions…afin de s’amuser, soigner le monde et le supporter »


La deuxième personne dont je voulais parler est Annie Sprinkle.
Annie Sprinkle, est née en 1954 aux Etats Unis, et c’est une artiste, performeuse, réalisatrice, éditrice, animatrice télé, écrivaine, qui a commencé sa carrière comme stripteaseuse et actrice porno.

Elle débute sa carrière à l’âge de 18 ans, et son plus gros succès était Deep Inside Annie Sprinkle, en 1981.

Elle a travaillée en tant que prostituée de 1973 à 1992.

Puis en 1991, elle crée un atelier intitulé Sluts and Goddesses, à l’origine de son film The Sluts and Goddesses Video Workshop-or How to be a sex goddess in 101 easy steps, qui sera réalisé et produit par elle et Maria Betty ( que je vous présente plus bas)

Se considérant comme artiste et militante porno féministe, elle a développée et propose une pédagogie du sexe qui se veut délurée, positive et non stigmatisante, et elle défend le travail du sexe.
Par exemple, dans ses performances, elle remet en cause le rôle d’objet sexuel dévolue aux femmes dans les productions mainstream, et revendique avec fierté sa sexualité.
Une de ses performances les plus connus se nomme Public Cervix Announcement, au cours de laquelle elle invite les spectateurs à regarder son col de l’uterus grace a un spéculum dans son vagin.

Mais son travail a toujours tourné autour des sexualités, avec un point de vue politique, spirituelle et artistique.
En 2005, elle commence une oeuvre d’art qui durera 7 ans, autour de l’amour avec sa collaboratrice et future femme, Beth Stephens. Leur projet s’appelle Love Art Laboratory.

Une partie du projet consistait à réaliser un mariage artistique tous les ans, et d’utiliser tous les ans une couleur et un terme différent.
Finalement, elles en feront 21, dont 18 avec des thèmes écosexuels : elles ont épousées la Terre, la Mer, le Ciel, la Lune, et d’autres entités non humaines.

Elle sont pionnières de l’écosexualité, une identité sexuelle aimant la terre, dont le motto est « La Terre est ton amoureux.se/amant.e ».
Leur manifeste proclame que n’importe qui peut s’identifier comme écosexuel.le, et être une personne LGBTQI, hetero, asexuel.le ou autre.

Elle s’identifie comme féministe sex positive, et on peut la voir parler de ses débuts dans le mouvement ainsi que de ses contributions, dans le film documentaire d’Ovidie Mutantes: Punk,Porn,Feminism, sorti en 2009.



Maria Beatty

La troisième personne dont j’aimerais vous parler est Maria Beatty, mais malheureusement je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur elle, alors ça risque d’être concis.
C’est une réalisatrice vénézuélienne, qui dirige, joue, et produit.

Ses films sont le plus souvent tournées en noir et blanc, et essaie de couvrir l’immense panel des sexualités féminines, en incluant le BDSM, et le fétichisme.
Elle est inspirée du cinéma allemand expressionniste, du surréalisme français, et du film noir américain.

Elle apparait dans ses films, comme dans The Elegant Spanking, en 1995, ou Black Glove en 1997.


Pour finir, j’avais envie de vous parler d’Ovidie, une personne qui me fascine depuis des années, bien avant que je ne m’intéresse au porno féministe.

Elle naît à Lille, de parents fonctionnaires.
Ado, elle est militante à l’extreme gauche, et créera une antenne locale du SCALP ( Section Carrément Anti Le Pen), et a des convictions féministes « intégristes ».
A l’âge de 16 ans, elle découvre le porno, et malgré des a priori négatifs, elle comprend vite que le porno peut être un puissant outil de libération, au contraire de ce que pensent la majorité des féministes de l’époque.

Elle se passionne pour le féminisme pro sexe, et surtout ce que défend l’actrice X Annie Sprinkle

En 1999, elle rencontre au cours d’un salon de la vidéo érotique, une collaboratrice de Marc Dorcel, et elle envoie une lettre de candidature, et tourne peu après ses premières scenes dans La fête à Gigi, et choisira Ovidie comme pseudo, en hommage à un personnage de la bande dessinée Destin farceur de Ptitluc.

Elle devient rapidement une star du porno français, et apparaît dans différentes émissions de fait de sa personnalité et de son look alternatif.
En effet, elle se distingue par le fait qu’elle est étudiante, et son discours revendicatif : elle se considère comme travailleuse du sexe, féministe, et dit vouloir « déculpabiliser les femmes vis à vis de leurs corps afin qu’elles cessent d’avoir peur de leur désirs », elle refuse les pratiques sexuelles dégradantes, et exige l’utilisation de préservatifs sur tous ses tournages.

En 2003, elle décide de mettre fin à sa carrière d’actrice, car elle stagne, car elle ne peut pas tourner à l’étranger, puisqu’ elle refuse de travailler sans préservatifs.
Elle décide donc de se concentrer sur la réalisation et l’écriture

Même si elle assume sa carrière d’actrice X, elle refuse d’être étiquetée comme ancienne vedette du X.
Néanmoins, elle prend la défense de ses collègues a de nombreuses reprises, comme quand Clara Morgane se faisait insulter car elle était enceinte, ou que Nikita Belluci était victime de cyber-harcèlement et dénonce de façon globale, le fait que les ancien.ne.s acteur.trices X sont stigmatisés socialement ( dans le documentaire Rhabillage sorti en 2011).

Elle sort son premier long métrage en 2000, Orgie en Noir pour les productions Marc Dorcel, qui pastiche les films d’Ed Wood et les films d’horreur.

Mais c’est en 2001, avec Lilith qu’elle aborde pour la première fois la pornographie féministe, puis s’intéresse à l’éducation sexuelle avec Sexualité :mode d’emploi en 2001, puis le Point G, en 2007

En 2009, elle co réalise Histoires de sexe(s) avec Jack Tyler, un film qui veut montrer des scenes de sexe plus réaliste que celles montrées normalement dans le porno, et veut décrire la différence de perception de la sexualité entre femmes et hommes.
Alors qu’il était destiné à sortir en salles, le film est classé X par le CNC, puis le CNC retire son classement, et le film se retrouve sans visa d’exploitation, mais il est diffusé sur Canal +, à l’horaire ou passe le porno, et ils récoltent une excellente audience.

En 2010, elle réalise Infidélité, un film au croisement entre comédie de moeurs et porno pour couples, qui parle de la crise de la quarantaine, et du déclin du désir.
Puis en 2012, elle réalise Liberté sexuelle, qui s’interroge sur la télé réalité et le sexe communautaire.

En 2014, elle réalise Le Baiser, avec Madison Young (une actrice X féministe que j’adore) qui tente de donner une image plus réaliste de la bisexualité féminine, qui est très mal représentée dans le porno mainstream.

A partir de 2011, elle réalise des documentaires, avec Rondes et sexy d’abord, un film sur la sexualité des femmes en surpoids, puis Le sexe écolo, sur l’impact de la sexualité sur l’environnement, puis Rhabillage qui s’intéresse aux discriminations vécues par les anciennes stars du X, et met en avant le fait que le secteur est pourri par le sexisme : les femmes en souffrent plus que les hommes, et que la soi disant libération sexuelle n’est pas effective pour les femmes.

En 2017, elle réalise Pornocratie, qui retrace la prise de contrôle de l’industrie du X par Mindgeek, dont elle brosse le portrait. Le film décrit la façon dont la consommation gratuite de porno sur Internet a fait chuté les revenus des travailleur.ses du sexe, et ont dégradés les conditions de travail des acteurs et actrices, qui sont contraints à des pratiques de plus en plus extrêmes.

La même année, elle écrit et réalise Là où les putains n’existent pas, qui est diffusé sur Arte en 2018. Ce film parle de l’histoire d’Eva-Marree Kullander-Smith dit « Jasmine Petite » ,une femme prostituée et militante à qui on a ôté la garde de ses enfants, qui a été assassinée de 31 coups de couteau par son ex, dans les bureaux des services sociaux suédois.

Puis en 2019, elle sort Tu enfanteras dans la douleur, dans lequel elle dénonce les violences obstétricales et donne la parole aux concernées ainsi qu’aux professionnel.le.s de santé.

Alors qu’elle est encore actrice, elle sort son premier livre Porno Manifesto en 2002, qui revient sur ses convictions pro sexe, et se veut un manifeste de défense du porno comme vecteur de libération sexuelle, et publiera d’autres livres comme La sexualité féminine de A à Z, Osez découvrir le point G, Un bon hippie est un hippie mort ( historique du groupe Metal Urbain), In Sex We Trust,Osez les sex toys,Osez tourner votre film X, et d’autres…

Elle collaborera avec de nombreux journaux et magazines, et tiendra des chroniques dans différentes radio.

Tout au long de son parcours, elle dénonce les idées reçues sur le monde du cinéma X et défend l’idée d’un porno féministe.
Elle dénonce le sexisme au sein du porno mainstream, s’oppose aux plateformes de diffusion gratuites du porno, et s’interroge sur le pouvoir des images sur la sexualité des spectateurs

Voilà, j’espère avoir pu dresser un aperçu assez vaste de ses pionnières, sans qui le porno féministe et queer n’existerait peut être pas.


Sources :

Comment trouver un bon porno féministe

Candida Royalle

Annie Sprinkle

Site d’Annie Sprinkle

Maria Beatty

Ovidie

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