L’alphabet ADLam

Un jour, en allumant mon ordinateur, quo fonctionne sous Windows 10, sur ma page d’accueil, j’ai eu un widget, qui me parlait de l’alphabet que deux enfants avait inventé pour leur langue…
Etant assez férue de langues, de linguistique, de grammaire, et de l’histoire de la création et de la vulgarisation des langues, c’est tout naturellement que j’ai cliqué dessus… Et après avoir lu l’article, j’ai eu envie de vous en parler.Deux frères ghanéens décident à l’age de 10 et 14 ans de créer un système d’écriture pour la langue qu’ils parlent le peul, et qui est parlé par entre 40 et 60 millions de locuteur.trices dans une vingtaine de pays d’Afrique.
Avant qu’ils ne prennent cette décision, on utilisait des caractères arabes et des caractères latins pour retranscrire leur langue, mais de nombreux du peul ne peuvent pas être retranscrits par ses deux systèmes d’écriture pré-existants.
Du coup, lorsqu’ils devaient aider leur père à lire les lettres qu’il recevait, c’était très compliqué car les gens utilisaient le caractère arabe le plus proche du son qu’ils voulaient écrire. Il était donc nécessaire de connaitre parfaitement l’alphabet arabe et le son de la langue peul.
C’est comme ca que l’idée de l’alphabet ADLaM naît : il y a un manque, et les deux frères veulent simplement le combler.
Pour le créer, ils s’enfermaient dans la maison familiale, et dessiner des symboles les yeux fermés, puis ils rouvraient les yeux et associaient certains signes avec les sons de leur langue.
Apres des heures de travail, ils finissent par créer un système un alphabet de 28 lettres et 10 chiffres écrits de droite à gauche, auxquels ils ajoutèrent ensuite six lettres pour d’autres langues africaines et des mots empruntés.
Et ils commencent à l’apprendre à leur petite sœur, puis vont sur les marchés environnants, et demandent à chaque personne à qui ils l’apprennent de l’apprendre à trois personnes à leur tour, afin de le diffuser. Ils transcrivent des livres, et produisent leurs propres ouvrages et brochures écrits en ADLaM à la main, et qui traitent de sujets comme le soin aux nouveaux nés, ou la filtration de l’eau.
Lors de leurs études, ils créent un groupe Winden Jangen ( lire et écrire en peul) qui leur permet de développer l’ADLaM.
En 2003, Abdoulaye quitte la Guinée pour faire des études de finance aux Etats Unis, mais son frère Ibrahima, resta au pays, et poursuivit des études en génie civil, et continua à développer l’ADLaM en parallèle. Il a écrit d’autres livres, crée un journal qui traduit les actualités du français vers le fulfulde.
C’est son père qui les imprimait et lui les distribuait aux Peuls, qui parfois en pleurer de reconnaissance.


Mais leurs efforts n’étaient pas du gout de tout le monde : certains pensaient qu’il était tout à fait inutile de créer un alphabet pour la langue peul, mais que les Peuls apprennent plutôt le français, l’arabe ou l’anglais à la place, tant et si bien qu’ Ibrahima a été arrêté en 2002 lors d’une réunion de Winden Jangen, et passa trois mois en prison, sans qu’on lui dise jamais de quoi il était inculpé.
Nullement découragé, il déménage à Portland en 2007, et continue à écrire des livres, et à étudier les mathématiques et le génie civil.
Pendant ce temps, l’ADLaM continuait à se diffuser au Sénégal, en Gambie, et au Sierra Leone, par une marchande d’huile que connaissait la mère des inventeurs.
Une personne sénégalaise raconta à Ibrahima qu’après avoir appris l’ADLaM, il avait ressenti tellement profondément le besoin de partager qu’il a abandonné son activité, et est partie pour le Nigeria et le Ghana afin de l’enseigner à d’autres.

La proposition fit grand bruit après de l’Unicode Consortium, car ils ont tous.tes une formation linguistique, et c’était au delà du surprenant que des gens inventent un nouveau système d’écriture, de surcroît quand ils l’ont fait enfants, et sans avoir aucune connaissance en linguistique.
Ensuite Microsoft travailla avec les deux inventeurs, et créèrent Ebrima, une police pour Windows, qui prend en charge l’ADLaM, et d’autres systèmes d’écriture africains.




Puis les choses se corsèrent : les frères comprirent que pour exploiter le potentiel de l’ADLaM, il fallait arriver à le transposer sur ordinateur.
D’abord, ils se renseignèrent pour savoir comment transcrire l’ADLaM en Unicode, qui est la norme informatique internationale pour le texte, mais ils ne reçurent aucune réponse.
Alors ils travaillèrent et économisèrent assez pendant une année afin de réunir la somme pour charger une entreprise de Seattle de créer un clavier et une police pour l’ADLaM.
Mais comme il n’était pas pris en charge par Unicode, ils durent le plaquer sur l’alphabet arabe, mais sans codage le texte qu’ils tapaient ne pouvait sortir que sous la forme de groupes aléatoires de lettres arabes.Alors Ibrahima décida de s’inscrire à un cours de calligraphie car il souhaiter perfectionner les caractères que l’entreprise de Seattle leur avait proposé.
Il s’est inscrit au Portland Community College, et l’enseignante demandait à chaque début de session aux élèves pourquoi ils s’étaient inscrits.
Quelques uns pour valider une unité artistique, d’autres pour décorer des gateaux, d’autres pour devenir tatoueurs, mais quand vint la justification d’Ibrihama, l’enseignante en fut très surprise Elle fut aussi surprise de son assiduité et de son sérieux, n’arrêtant jamais de ramener ce qu’il apprenait à l’ADLaM.
L’enseignante l’aida à obtenir une bourse pour une conférence de calligraphie au Reed College de Portland, ou il eu l’occasion de rencontrer Randall Hasson, un calligraphe et un peintre.
La rencontre fut tout à fait spectaculaire. Hasson était à une table en train de faire une démonstration de calligraphie avec un autre instructeur, et un livre d’alphabets africains était posé sur la table, Ibrahima le prit, puis dit qu’il n’était pas exhaustif, puisque son frère et lui en avait inventé un, et qu’il n’était pas dedans.
Hasson supposa qu’il avait modifié un alphabet, mais c’est après lui avoir posé trois fois la question qu’il comprit qu’ils en avaient inventés un.
Randall Hasson, qui avait longuement étudié les alphabets anciens, supposa qu’Ibrahima voulait dire que lui et son frère avaient plus ou moins modifié un alphabet.
Il lui proposa enfin de s’associer afin de faire une conférence dans le Colorado, sur la calligraphie l’année suivante.
L’année suivante, on écouta avec attention Randall Hasson raconter l’histoire d’Ibrahima.
Cette conférence lui permis de pouvoir rencontrer Michael Everson, un des rédacteurs de la norme Unicode, avec son aide Ibrahima et Abdoulaye créèrent une proposition afin que l’ADLaM soit ajouté à Unicode

C’est à cette époque que ce que leurs créateurs avaient appelés Bindi Pular « écriture Pular », changea de nom et devint ADLaM, après que des gens qui l’avaient enseignées en Guinée le proposent car c’est un acronyme utilisant les quatre premières lettres de cet alphabet qui permet d’écrire une phrase qui signifie « l’alphabet qui empêchera un peuple de disparaître »
Unicode agréa l’ADLaM en 2014, et il fut inclus dans la version 9.0, publiée en 2016

Mais le parcours du combattant n’était pas fini pour autant : pour que l’alphabet puisse être utilisé sur des ordinateurs, il doit être pris en charge par des systèmes d’exploitation, avec des polices et des claviers, et pour qu’il soit largement accessible, il fallait l’intégrer aux différents réseaux sociaux numériques.

Andrew Glass imagina des dispositions de clavier pour l’ADLaM, puis Judy Safran-Aasen, responsable de programme pour le groupe de conception Windows, rédigea un business plan dans le but d’ajouter l’ADLaM à Windows.

Microsoft fit appel à deux concepteurs de caractère situés dans le Maine, Mark Jamra, et Neil Patel, afin qu’ils développent un composant ADLaM pour Windows et Office au sein de la police Ebrima.
Elle fut ajoutée à la mise à jour de Windows 10, en mai 2019.
Elle permet aux utilisateur.trices de taper et de voir l’ADLaM, notamment dans la suite Office.

L’ADLaM est pris en charge par Kigelia, un système de caractères développé par Jamra et Patel, qui comprend huit systèmes d’écriture africains, afin de pouvoir développer des systèmes de caractères dans une région du monde où le développement de polices d’écriture n’est pas suffisant.

Pour beaucoup d’Africain.e.s, l’écriture est bien plus qu’un alphabet, c’est aussi des icônes culturelles, des symboles d’identité ethnique.
C’est aussi une manière de pouvoir préserver mais aussi perpétuer une culture, ainsi que de la faire évoluer. En effet sans système d’écriture, un peuple a du mal à garder trace de son histoire, à transmettre des connaissances ou des points de vues.
Aujourd’hui, on ne sait pas combien de personnes ont appris l’ADLaM, mais cela peut se compter en centaines de milliers, au minimum.
24 pays ont été représentés à la conférence ADLaM en Guinée, et des centres d’apprentissage de l’ADLaM ont ouverts en Afrique, en Europe, et aux Etats Unis.

Mais ce qui est hyper important, c’est que cet alphabet a donné envie à des centaines voir des milliers de Peuls d’apprendre à lire et à écrire, et à pouvoir nouer des liens dans le monde entier, tout en stimulant un certain sentiment de fierté culturelle.
Cela permet de faire vivre la langue, à l’heure de la diaspora africaine.

Suwadu Jallow, originaire de Guinée, prépare un master de comptabilité à l’université de Washington afin de développer un système de suivi des stocks en ADLaM, un projet qu’elle a depuis l’enfance, à l’époque ou elle aidait sa mere dans son magasin de vêtements.
En effet, elle a constatée que sa mere avait beaucoup de mal à enregistrer et à suivre ses dépenses vu qu’elle ne comprenant qu’un peu d’anglais et d’arabe.
Pour elle, l’ADLaM peut permettre d’autonomiser les gens qui parlent couramment peul et qui besoin d’une manière de l’écrire.

Historiquement, les Peuls ont toujours produit un volume considérable de livres et de manuscrits, mais en utilisant l’arabe pour écrire leur langue. Avec la colonisation, ils se sont largement arrêtés d’écrire

Que de nos jours, les Peuls puissent disposer de l’ADLaM sur leurs téléphones et leurs ordinateurs permet des possibilités infinies : ils peuvent s’envoyer des SMS, surfer sur la web, produire des documents écrits.

Beaucoup de gens plus âgés qui ont appris l’ADLaM commencent également à écrire sur l’histoire de leur peuple et leurs traditions.
Mais aussi des jeunes s’y mettent; un lycéen a écrit plus de trente livres, et une jeune fille a écrit un livre sur la géographie, et la façon de réussir ses examens.

Malgré ces bons résultats, les deux inventeurs ne chôment pas : ils continuent à consacrer une grande part de leur temps libre à faire connaitre leur alphabet, donner des conférences et continuent à écrire. Ibrahima a terminé le tout premier livre de grammaire ADLaM, et veut créer une académie d’apprentissage en Guinée

Grace a ce systeme d’écriture, il est tres facile d’apprendre aux enfants à parler foulani exactement comme on leur apprend à parler anglais par exemple.

Ils pensent à l’ADLaM comme un puissant outil pour combattre l’analphabétisation, et aimeraient qu’il sert à éduquer les femmes africaines qui sont davantage touchées par l’analphabétisation, alors qu’elles sont souvent celle des parents qui apprend à lire aux enfants.

Sources :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphabet_adlam

https://news.microsoft.com/fr-fr/2019/07/31/adlam/

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