Comment Lady Gaga a t’elle révolutionnée le monde de la musique ?

Il y a quelques temps, j’étais tombée sur un diaporama, sur un de ses sites d’info-tainment, avec des photos des stars américaines de la chanson avant que Lady Gaga débarque sur les ondes un beau jour de 2008, avec son tout premier single Just Dance.
Et je me suis fait la remarque que la musique pop n’avait jamais été plus la même depuis qu’elle a atterrie sur Terre.
La musique pop, mais aussi la mode, et les performances, de façon générale.
Grace à elle, la musique est (re)devenue une performance et un vrai spectacle.
Pour arriver à comprendre l’impact de Gaga sur la musique pop, on doit se rappeler combien elle était devenue terne en 2008.
La musique pop, qui débordait de weirdos comme Bowie, Prince, Depeche Mode, Madonna ou The Pet Shop Boys, s’est laissé ternir, et au début des années 2000, elle n’était plus vraiment un endroit plein d’éclat, de paillettes et de spectaculaire, mais plutôt où tout le monde faisait la même chose.
La pop était devenue totalement apathique, morne et quelque peu fade.
C’est ce qui a rendue Gaga absolument unique : non seulement ces chansons étaient brillantes, mais elles étaient liées à un narratif qui disséquait la culture de la célébrité en l’exagérant jusqu’aux métaphores wharholiennes à propos de la célébrité ( Andy Warhol s’amusait à reproduire en série des objets du quotidien ou des stars de l’époque, et les transformait en œuvres d’art)

Elle a transmis à la musique pop le coté performatif de l’underground, que ce soit du glam rock, du burlesque ou du gogo dancing.
Ainsi bons nombres de sommités du rock vont dire qu’elle s’inspire d’eux : on peut citer Iron Maiden, Kiss, ou encore Marilyn Manson .
Ses chansons sont produites d’une main de maître, très bien écrites, et avec des paroles intelligentes, et au milieu de tout ça, une chanteuse avec un désir presque hors du commun, et vital dans le sens littéral du terme, d’accéder au succès.
L’excitation pure d’une pop star qui refuse de faire des compromis créatifs ou esthétiques était plus que revigorant, même si on sait aujourd’hui, qu’elle n’était pas si libre que ça, et qu’elle a failli arrêter sa carrière par manque de liberté.
Était enfin arrivée une artiste qui remettait en question la légitimité de rendre synonyme musique pop et bas de gamme.
Ce qui est tout à fait intéressant chez elle, c’est qu’a ces débuts, il était tout à fait impossible de séparer Gaga l’artiste, de Gaga la personne.
Dans la veine de Madonna, Michael Jackson ou Bowie, elle a développée une métaphore filée autour de son passé, en disant que sa vie était une performance artistique.
Qu’elle soit une fille normale de New York qui aimait les comédies musical, ou qu’elle vienne vraiment de la planète GOAT, semble tout à fait hors de propos : la vérité c’était ce qu’elle voulait nous montrer.
Sa candeur, ou son manque de candeur, était enracinée dans son travail, avec des vidéos comme Marry The Night qui montre une version dysphorique et fissurée de son chemin vers le statut de superstar.

En effet, si on regarde les MTV Video Music Awards de 2009, la chose la plus frappante fut sa performance de Paparazzi.
On y voit Gaga sur un scène façon Fantôme de l’Opéra, dans un costume baroque blanc.
En commençant en admettant « Au milieu de toutes ses lumières, je prie pour que la renommée ne me tue pas », elle lance une performance magistrale de Paparazzi, en finissant couverte de sang, et pendue par un câble au dessus de la foule.

Elle expliquera plus tard cette performance en disant « Je me suis rappelée de mon obsession, quand j’étais plus jeune, pour les jeunes femmes, qui sont mortes, jeunes, actrices et poètes : Marilyn Monroe, Judy Garland et Sylvia Plath, ces jeunes femmes qui sont mortes mais dont on a pas vu la mort, et je voulais montrer, que je ressemblerais à ça quand je vais mourir. »
Des concepts métaphysiques, mélangés avec des performances dramatiques, c’est ce qui définit encore aujourd’hui le talent artistique de Gaga.

Au delà de ça, au fil des années, elle est devenue un caméléon. Que ce soit au niveau des looks, des costumes de scenes, ou des inspirations pour ses clips.
Ceci n’a rien de nouveau, mais elle a permis à la musique pop de s’inscrire dans un genre de performance et de théâtralité global.

C’est un caméléon musical, qui passe du métal, avec son duo magistral avec le chanteur de Metallica, au jazz avec son album de reprises avec Tony Bennett, à la country avec Joanne ou le blues rock, qui lui a permis de gagner l’Oscar de la meilleure chanson avec Shallow, tiré de la bande originale du film A star is born.
Un caméléon stylistiques, qui peut tout à la fois porter des tenues excentriques, des tenues punks, ou des tenues beaucoup plus classiques…

Pour la re-sortie de son premier album, The Fame Monster, elle distille de nouveau les ingrédients de ses précédentes chansons dans huit chansons dérangeants qui parlent des dessous humides de la célébrité. Avec les beats industriels et les coups de poignards goth de Bad Romance, elle déchire un démon hitchcokien de la paranoïa et de la mélancolie. Monster et Teeth grouillent de danger. Puis Dance in the dark, une chanson jonchée de la menace et la peur de l’insécurité.

Pour Born this way, elle fait une plongée encore plus profonde dans ce que j’appelle la dark-pop, cette pop aux paroles et aux esthétiques très sombres, dont Mylène Farmer est la représentante francophone.
Il a permis de donner lieu à des performances magistrales, comme celle ou elle apparaît avec une tete coupée, ou chantant sur la lune, ou complètement chauve.
Ses performances durant l’émission A Gaga Thanksgiving, préfigure le virage à 360° qu’elle va opérer en sortant un album de reprises de jazz.

Décrit comme une expérience warholienne inversée, Artpop est une aventure audacieuse dans un type de pop exploratoire qui est irrévérencieuse. Il a peut etre moins marché, parce que les gens n’ont pas compris ce que signifie ce disque : une tentative d’effacer le mythe de Lady Gaga. Il évolue entre métaphores lourdes autour de l’art et de la pop culture et confessions rares des tendances narcissiques parasitaires des gens connus, et les tramas que peuvent provoquer la prise de drogues, et les abus sexuels.
C’est le premier acte désordonné du démantèlement de Lady Gaga.

Le second acte est bien l’album de reprises Cheek to Cheek, qu’elle sort avec Tony Bennett, dont les performances seront moins théâtralisées, sembleront plus « vraies », et plus authentiques, et permettra au monde de découvrir les réelles capacités vocales de l’artiste.

Après cet opus, elle pond Joanne , un album d’Americana, qui se veut son album le plus personnel.
On ne sait jamais vraiment le degré de façade ou de réalité. Si sa vie est une performance artistique, comme elle l’a si souvent répétée au début de sa carrière, Joanne peut être lu à la fois comme son intériorité personnelle mais aussi comme du fait semblant. En tout cas, c’est un sacré pivot vers la pop un peu roots, un peu retour aux sources.

Après ce démantèlement en trois actes, elle revient à ce qui la fait connaître, pour l’ère Chromatica, et reprend les looks plus excentriques les uns que les autres, et les performances théâtralisées, et artistiques dans le sens sublime du terme.
C’est peut être l’ère ou nous sommes le plus à même de comprendre qu’elle n’est plus une petite pop star de pacotille sans talent, mais vraiment une artiste accomplie, qui peut naviguer dans n’importe quel style, sans jamais se perdre, et qui n’en a rien à faire du fait qu’on puisse penser qu’elle est finie ( d’après les dires, ça fait 10 ans qu’elle est finie).
Et la sémantique d’artiste a toute son importance ici, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ce n’est pas qu’une poupée désarticulée, interprète de chansons mièvres et sans profondeur, mais une personne qui a part plus que majeure dans toute l’expérience Lady Gaga.

De la vidéo de Telephone, où Gaga et Beyoncé vivent une aventure à la Kill Bill, au clip de Bad Romance inspiré par Marilyn Manson, au lancement de son troisième disque ArtPop, avec l’artRAVE, un événement qui avait duré deux jours, et ou elle avait présentée des œuvres nouvelles de Jeff Koons, et des performances de Marina Abramovic, ainsi que la première robe volante, sa performance au festival SXSW, son hommage à David Bowie, ou plus récemment le clip génial de sa chanson 911, extraite de son dernier album en date, la musique de Gaga a toujours brouiller les pistes entre musique, performance et art contemporain.


Sources :

10 ways that Lady Gaga changed the world

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