La pornographie #7

En ces périodes de confinement chapitre 2, je reprends l’écriture de mes articles sur la pornographie…. Si vous n’avez pas lu les précédents : les voila, #1,#2,#3,#4,#5, et le numéro #6.

J’ai choisie de commencer par vous parler de Nina Hartley. Née Marie Louise Hartman, en mars 1959, son nom de scène et de plume est Nina Hartley, et c’est une actrice porno, une réalisatrice, une éducatrice sexuelle, une féministe sex-positive, et une autrice.

Mais revenons d’abord sur son passé : elle née à Berkeley en Californie, d’un père luthérien et d’une mère juive, et elle grandit dans la baie de San Francisco.
Ses parents faisaient partie du parti communiste américain, qui se sont convertis au bouddhisme, lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Elle obtient son diplôme du lycée de Berkeley en 1977, et poursuit ses études à l’école d’infirmières de l’état de San Francisco, et obtient son diplôme magna cum laude en 1985.

Tout commence pour elle quand elle va voir, seule, The autobiography of a flea (le premier film pour adultes réalisée par une femme, Sharon McNight, et décide qu’elle travaillera dans le porno le reste de sa vie.

En 1982, elle commence à travailler comme strip teaseuse au Sutter Cinema, puis au Mitchell Brothers O’Farrell Theatre, et se lance dans la performance porno en 1984 : elle commencera par des photos, publiées dans des magazines tels qu’Hustler ou High Society, puis les films avec Educating Nina, qui fera d’elle une des protégées de Juliet Anderson.

Elle expliquera au cours d’une interview, qu’elle a choisie le pseudo Nina, car c’était simple à prononcer pour les touristes japonais, clients des endroits où elle a été stripteaseuse, et Hartley, parce qu’il reste assez proche de son nom civil, et qu’elle voulait qu’il sonne comme celui d’une « vraie » personne.
Elle dira que quand elle est entrée dans l’industrie du X, elle a eu la chance de posséder deux fétiches à la mode à l’époque : de grands yeux bleus, et un fessier ronds, avec une petite taille.

Durant les années 1980 et 1990, elle jouera dans plusieurs spin off de Debbies Does, comme Debbie Duz Dishes en 1986, ou Debbie Does Wall Street en 1991.

C’est en 1992 qu’elle réalise son premier film, Book of Love

Membre depuis de nombreuses années de la Woodhull Freedom Foundation, elle se considère comme une personne de gauche, et une feministe sex-positive, même si pendant de nombreuses années, elle a été une activiste socialiste. S’adressant aux autres femmes, elle dit  » Le sexe ne doit pas être une chose que les hommes vous font, ce n’est pas quelque chose qu’ils obtiennent de moi. Le sexe, c’est quelque chose dans lequel vous vous plongez avec plaisir et délectation et dont vous aimez chaque aspect, autant que Lui.

Elle a toujours été une militante pro porno, militant pour le droit de l’industrie du X à exister.

Avant l’arrivée de Jenna Jameson, elle faisait le tour des journaux télévisés et des talks shows afin de parler de ses combats. Toutes les deux ont fait le choix de ne jamais reculer et de toujours militer pour le droit d’exister de l’industrie du X.

De plus, elle et Ona Zee, se sont toujours placées contre l’usage de drogues dans l’industries

Elle a donné des conférences dans de nombreuses universités, comme Harvard, Berkeley ou encore Dartmouth, et a été interviewée par Eric Schlosser pour son livre Refer Madness: Sex, Drugs, and Cheap Labor in the American Black Market , dans lequel, elle est critique de l’hypocrisie manifeste des lois anti pornographie.

Elle apparait dans le documentaire Stick : A (self) love story, dans lequel elle parle de ses position sex positive sur l’amour de soi, la démission forcée de Joycelyn Elders

En 2006, elle publie son premier livre Nina Hartley’s Guide to Total Sex, puis co écrira How to be kinkier en 2012

Elle participe au documentaire After Porn Ends, sorti en 2012, qui s’intéresse à la vie après avoir été un.e performeur.se porno.

En 2018, elle était encore active, et apparaissait dans sa série de vidséos Nina Hartley’s Guide

D’un point de vue personnel, elle est bisexuelle, de 1981 à 2000, elle a fréquentée en meme temps, un homme et une femme. Depuis 2003, elle est mariée à Ira Levine, un réalisateur de film pornos, et ils sont polyamoureux


J’ai ensuite choisie de vous parler de Gala Vanting, une autrice, travailleuse du sexe, et activiste australienne. Elle essaie de créer du dialogue autour de thématiques comme les droits des travailleur.ses du sexe, des politiques queer et féministes, du consentement, en travaillant autant dans le domaine du porno, que de la santé publique, que du cinéma ou de la technologie.

Elle travaille afin de créer un dialogue nuancé, plein de compassion et de justice autour de notions telles que la culture sexuelle, l’éducation sexuelle, le genre, et l’acces au bien etre pour nos êtres .

En 15 ans de travail dans le domaine, ceci s’est manifesté au travers de l’écriture, de conférences, de films, de performes, qui ont facilité les discussions.

Durant tout ce temps, elle a collaboré avec le secteur de la santé publique, celui des arts et des médias, les journalistes et les réalisateur.trices. Elle a servie de point d’acces entre ces secteurs, et les communautés marginalisées dont elle fait partie, et veut utiliser le privilège qu’elle a d’être out pour aider les membres de sa communauté, et les représenter au mieux dans ses travaux.

Elle suit le motto  » rien sur nous sans nous », et travaille à avoir une place à la table des discussions où ses communautés sont silenciées par omission.

Alors qu’on peut penser que parler de sexualité est un luxe ou un privilège dans ses temps de justice sociale, d’oppression systémique, elle voit un lien intrinsèque entre la sexualité humaine et la politique, les droits humaines et les combats pour la justice sociale

Elle a fait des études en gender studies, et en études culturelles, ce qui lui a donné envie de trouver des applications pratiques à la théorie politique et culturelle qui ont formés ses points de vues sur le féminisme, la queerness et le travail du sexe. Ce qu’elle a fait en étant performeuse et productrice à Feck, une entreprise de médias pour adultes à Melbourne, en Australie.

Cela lui a permis d’explorer les tensions et les confits d’interet entre les différents parties en action lors de transactions sexuelles, comprendre mieux le fonctionnement de l’économie du travail du sexe, et créer des espaces dans lesquels les travailleur.ses du sexe peuvent expérimenter la vulnérabilité, et l’empouvoirment. Et elle a pu développé des compétences en temps que vidéographe, enregistreuse de son, et intervieweuse.

Puis elle a co-fondée Sensate Films avec Aven Frey.
Entre 2012 et 2015 elle produit des médias érotiques qui gagnent de nombreux prix, tout en explorant les cotés les plus sombres de la sexualité humaine. Dans ses films, iels essaient d’adopter une approche documentaire.

Dans le même temps, elle commence à présenter des ateliers et des débats autour du féminisme, de la pornographie, du BDSM et du consentement dans des festivals, des universités. Elle travaille également comme conservatrice dans des évènements autour du cinéma érotique, ce qui lui a permis de développer des compétences dans le managements d’évènements, l’animation de groupes, la prise de parole en public et le management des trolls sur le net.

En 2012, elle commence un stage comme maitresse BDSM professionnelle, ce qui lui a permis d’apprendre le management de TPE/PME, l’éducation au sexe et au consentement et des compétences communicationnelles et de négociation. Et depuis novembre 2018, elle est présidente de l’alliance Scarlet, le syndicat des travailleur.ses du sexe australien.



J’ai eu envie de vous parler de Sensate Films, une société de production qui crée du contenu de qualité premium pour le web, les écrans et en print.
Leur travail valorise le processus au delà du produit fini, l’aspect esthétique des différents corps, et des modes de storytelling hybrides, notamment en mélangeant de la fiction avec du documentaire, et en jouant avec les différentes formes du réel.

Grâce à leurs diverses expériences politiques, philosophiques ou professionelles dans l’industrie du contenu pour adultes notamment, ils cultivent une volonté de faire du SLOW PORN

Ce terme a été crée pour aller contre la mentalité des productions de masse de l’industrie du X, qui poussent les producteur.trices à aller toujours plus vite, pratiques des choses plus extrêmes. Ce qui peut amener à perdre en qualité et à ne plus apprécier l’expérience de création. Leur réponse est donc de ralentir, afin d’avoir le temps de faire attention aux détails que manquent bien souvent les productions mainstream. Ca donne aussi la possibilité aux performeur.ses de choisir la manière dont iels souhaitent être representé.e.s à l’écran.

Pour elleux, la production de médias érotiques est un bon moyen de représenter mais aussi remettre en question, nos valeurs, et peut permettre également de s’éduquer personnellement ou politiquement, mais aussi d’améliorer nos capacités à ressentir des émotions.

Pour elleux, le fond et la forme sont importants.
Ainsi souvent leurs films ont du mal à être aisément classifiables. Ainsi, certains ne sont pas « explicites » dans le sens traditionnel du terme, mais peuvent en révéler davantage sur le désir et la vulnérabilité que la plupart des productions porno mainstream.


Toutes leurs productions suivent les memes envies :

-un profond amour pour l’art de faire des films érotiques en créant une imagerie cinématographiquement et artistiquement à la fois lascive et émouvante

-un intérêt pour représenter la sensualité dans tous les aspects de la vie, que ce soit celle de tous les jours, ou dans des univers plus phantasmagoriques

-une approche sexpositive que s’ouvre aux différentes expressions de genre qu’elle rencontre

-l’implication de toutes les personnes qui apparaissent dans leurs productions dans le processus de production : les contributeur.trices sont des collaborateur.trices et leur travail est le produit d’une co-création


J’ai eu envie de vous parler du Festival Schlamos ! qui se déroule à Berne en Suisse

Cette année, il aura lieu du 10 au 13 juin.

C’est un festival qui met à l’honneur la pornographie queer feministe, qui rend visible une diversité d’identités de genres, de corporalités et d’orientations sexuelles, tout en explorant de nouvelles formes de désir et d’intimité. Ce festival souhaite promouvoir une pornographie qui stimule la réflexion et qui peut être empouvoirant.

Ce festival souhaite explorer le potentiel queer, politique et subversif du porno, en faire leur propre usage, et se l’approprier comme une pratique féministe.
Il souhaite parler de pornographie, de corps, de genre, et de sexualité, en les repensant en prenant en compte leur dimension queer.

Le festival rejette le porno mainstream car il suit une logique capitaliste et patriarcale, alors que pour elleux, la porno c’est plus qu’un mec cis et une femme cis qui baisent ensemble, plus que ces corps qu’on nous fait penser être des corps normaux et beaux.
Pour elleux, il y a une infinité de genres, dans une infinité de corps, avec une infinité de facons de faire l’amour ou partager de l’intimité.


Pour finir, j’avais envie de vous parler d’Anoushka, une créatrice de films porno francaise, dont j’ai découvert le travail en faisant mes recherches pour cet article.

Elle se lance dans la réalisation pornographique après avoir fait le constat qu’elle ne trouvait pas son compte dans le porno mainstream.

Ainsi adolescente, elle est attirée par le porno, et regarde son premier film, L’empire des sens d’Oshima, qui lui plait beaucoup de par la puissance dévorante du sexe, de la passion qui unit les deux amants, et la cérémonie sacrificielle.

Plus tard, quand elle va regarder du porno mainstream, elle va détester, car elle a l’impression que les femmes, dans ces productions n’aimaient pas le sexe, faisaient semblant, et que l’homme avait un comportement machiste.
Elle a donc ressenti ce manque : il n’existait pas de porno reflétant sa sexualité.

Apres des études de communication et de cinéma, elle a l’occasion de devenir directrice de production sur une chaine de télé pour adultes, ce qui lui a permis d’assister à des tournages, et de travailler avec Ovidie, une des pionnières du porno éthique en France, mais aussi de rencontrer des acteurs et actrices, et découvrir les cotés positifs et les cotés négatifs de l’industrie.

Puis, elle a repensé à Oshima, et s’est dit que si un homme dans les années 70 avait été capable de créer un film si artistique sur la sexualité, il y avait surement une place dans le monde pour une forme de cinéma porno avec des histoires simples, où les détails ont de l’importance, qui serait orienté vers les spectateur.trices, et leur sexualité.

Son approche du porno est légère, fraiche et sexy, tout en proposant une vision différente des standards habituels. Pas de plombier qui se fait payer en nature mais plutot des films inspirés par la vie réelle, parfois drole, et avec son point de vue.

Elle souhaite apporter son point de vue, sa représentation du porno, et se libérer du discours ou des images des autres, en représentant d’autres sexualités que celles massivement représentées dans le porno mainstream, qu’elle voit comme machiste et sexiste.


Sitographie :

https://schlamos.be/fr/#uns

http://www.barbieturix.com/2015/03/22/les-sites-pornos-queer-anglophones-excitent-la-toile/

https://www.sensatefilms.com/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s