Moi les hommes, je les déteste – Pauline Harmange

Hier, je suis allée dans une librairie pour faire mes cadeaux de Noel ( toujours au rayon féminisme/genre/…), et je suis tombée sur ce livre, dont j’avais entendu parler à sa sortie car un membre du gouvernement avait menacé de le faire censurer pour ode à la misandrie (non mais quelle blague), mais grâce ou à cause du tapage médiatique dont le livre a bénéficié après sa sortie, il s’est plutôt bien vendu et à même été racheté par une « grande » maison d’éditions, alors qu’il était sorti dans une petite maison à l’origine.

Tout ça pour vous dire que j’avais très envie de me faire mon propre avis sur ce livre qui avait déchainé les passions.

C’est un livre relativement court, 94 pages, que j’ai dévorée en deux petites heures, alors cet avis sera à chaud, et sans grande nuance.

D’abord, le positif : je trouve qu’effectivement c’est assez rafraichissant de ne plus se cacher être misandre, et qu’elle balaie assez bien le phénomène de dissociation cognitive qu’on pourrait lui reprocher à savoir : détester les hommes en tant que groupe social mais aussi en tant qu’individu, tout en étant marié avec l’un d’eux.

Elle explique également assez bien combien les espaces en non mixité, peu importe l’activité sont importants. Que ce sont des espaces où la sororité est incroyable, et où les langues se délient, sur des sujets qui peuvent paraitre frivoles, mais sont souvent graves.

Mais, parce qu’il y a toujours un mais.
Ca me désole qu’elle parle sans cesse des hommes, sans faire de différence notable avec les hommes trans par exemple, et en mettant dans le même panier hommes hétéros et hommes gays.

Ca me dérange beaucoup parce qu’il y a quand même eu un #MeTooGay me semble t’il, et que même s’ils ont été sociabilisés comme hommes, ils font souvent (voire tout le temps) face à de l’homophobie, de la follophobie (joyeux mélange d’homophobie et de cis-sexisme*) à cause de leur orientation sexuelle et romantique.

Sans parler des hommes trans, qui rencontrent transphobie, cis-sexisme, homophobie extérieure et intériorisée et follophobie extérieure et intériorisée.

Cet essai manque cruellement d’intersectionnalité, et donne à voir le point de vue d’une femme cis blanche bisexuelle valide, il aurait pu être intéressant de donner la parole à d’autres, afin de donner un aperçu beaucoup plus global, des effets négatifs du cis patriarcat blanc, et en quoi ces personnes aussi détestent les hommes (cis blancs et valides)

De manière plus générale, je ne pense pas que d’être d’un genre particulier, d’une orientation sexuelle et romantique particulières font de vous des gens « safe » par nature.
Une déconstruction de ses valeurs, de ses croyances, et de ses idées, une remise en question de nos privilèges pour donner de la place, de l’importance et de la voix aux moins privilégié.e.s est à faire pour chacun.e d’entre nous afin de rendre nos sociétés plus égalitaires. ( et accessoirement faire la révolution évidemment)

Définitions :

cis-sexisme :

Le cissexisme est un système d’oppression qui considère que toute personne est forcément de son genre assigné à la naissance, et qui considère que les personnes trans sont de moindre valeur comparées aux personnes cis1.

Le cissexisme est une forme d’oppression qui cible l’identité de genre et qui établit comme préférable la correspondance entre le genre et le sexe déterminé à la naissance2,3

Pour Julia Serano, le cissexisme est « le refus d’accepter l’identité des personnes trans comme étant aussi légitime que celles des personnes cisgenres. »4

Elle distingue « la transphobie (qui cible les personnes dont l’expression de genre et l’apparence diffèrent de la norme) et le privilège cisgenre (qui cible les personnes dont le sexe assigné et le sexe d’identification diffèrent) »4.

Le sociologue Emmanuel Beaubatie propose également d’utiliser le terme « cissexisme » pour qualifier les discriminations transphobes. Pour lui, ce terme permet, d’un point de vue sociologique, « de montrer qu’il n’y a pas une peur irrationnelle et individuelle des personnes trans, mais des violences liées au genre, qui structurent la société dans son ensemble »5


follophobie :

Rejet, y compris à l’intérieur de la communauté LGBTQIA+, des hommes gays ayant une apparence, un comportement, des goûts perçus comme étant trop « féminins ».


Sources :

1- Martin Blais, Mathieu Philibert, Félix-Antoine Bergeron et Martine Hébert, « Les expériences de victimisation des jeunes à travers le prisme de l’intersectionnalité », Service social, vol. 64, no 1,‎ 2018, p. 1–14 (ISSN 1708-1734DOI https://doi.org/10.7202/1055887ar,

2- « Du cissexisme comme système – Observatoire Des Transidentités » [archive], sur http://www.observatoire-des-transidentites.com

3- Martin Blais, Mathieu Philibert, Félix-Antoine Bergeron et Martine Hébert, « Les expériences de victimisation des jeunes à travers le prisme de l’intersectionnalité », Service social, vol. 64, no 1,‎ 2018, p. 1–14 (ISSN 1708-1734DOI 10.7202/1055887arlire en ligne

4- Serano, Julia. (trad. de l’anglais), Manifeste d’une femme trans et autres textes, Paris, Cambourakis, 197 p. (ISBN 978-2-36624-474-8 et 2-36624-474-6OCLC 1141938946lire en ligne [archive])

5- Florian Bardou, « Emmanuel Beaubatie : «Dans une société patriarcale, quitter le sexe masculin est inconcevable» » [archive], sur Libération

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